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Crise sanitaire : Qu'en est-il des prêts non performants ?

Les difficultés économiques qu’essuie le secteur bancaire suite à la crise sanitaire soulèvent aujourd’hui de réelles questions concernant sa stabilité et sa solidité financière. Avec une dégradation de la qualité de crédit des emprunteurs, devons-nous nous attendre aux faillites de certaines petites et moyennes entreprises, à des ménages incapables de rembourser leurs crédits ? Quels seront les impacts de la crise sanitaire sur le secteur bancaire à court et à long terme ?


La crise économique, qui se profile avec environ 8% de récession anticipée en France, et une hausse attendue des défaillances des emprunteurs, risque d’amener des challenges que les banques ne seraient peut-être pas en mesure d'affronter. Pourtant ces situations ne sont pas inconnues du secteur bancaire, en effet après la crise financière de 2008, les régulateurs financiers, à travers des réformes réglementaires, ont insisté auprès des institutions financières pour renforcer et assainir leurs bilans afin qu’elles puissent être mieux préparées à d'éventuelles situations de difficultés financières. Cela s’est notamment traduit par la mise en place de mécanismes de défenses avec le renforcement des fonds propres exigé par le comité de Bâle et le développement d’outils de détection des risques divers et variés qui peuvent exister sur les marchés pour les banques.


Malgré tout, le risque zéro n’existe pas. Il demeure encore des éléments qui affaiblissent les banques avec parmi eux les actifs non performants. Les prêts non performants (NPL) sont définis comme étant des prêts dont il est fort probable que l’établissement de crédit ne percevra pas tout ou une partie des sommes dues par l’emprunteur. Selon l’extrait de la “Revue de l’ACPR”, dans ce cadre, sont considérées comme non performantes toutes expositions au risque de crédit présentant des impayés de plus de 90 jours ou qui ne pourront probablement pas être recouvrées sans recours à la réalisation de la garantie, qu’elles présentent ou non des impayés.


À titre d’exemple, en 2020, les banques comptaient environ 550 millions d’euros de créances douteuses au sein de leurs bilans tout en étant sous la supervision prudentielle de la BCE. Ce nombre représentait 3% du montant total de leurs prêts. Il faut tout de même noter que ce niveau de créances douteuses est en baisse après avoir atteint un pic record de 1 000 milliards d’euros en 2016. La crise sanitaire actuelle pourrait laisser penser à une augmentation des NPL, ce scénario est aujourd’hui envisagé avec une prévision de 1 400 milliards d'euros d'ici la fin de l'année 2022.


Du fait de la crise sanitaire actuelle, les banques ont bénéficié, par la BCE, d’une certaine flexibilité, notamment dans le classement en NPL des prêts accordés aux emprunteurs dont les difficultés ne sont que temporaires. Mais cela ne remet pas en cause la règle selon laquelle les banques doivent toujours s’assurer de la solvabilité de leurs clients, et ce même en temps de crise, et ne doivent pas, par conséquent, octroyer des prêts à des emprunteurs non viables.


Cependant, après un effondrement de la demande intérieure et mondiale, de nombreuses entreprises dans plusieurs secteurs voient leurs activités menacées, et plus particulièrement pour les petites et moyennes entreprises. Les prêts de ces entreprises pourraient alors basculer dans la catégorie NPL et mettre en péril le système bancaire. Parce que nos économies ont appris de la crise de 2008-2009, les gouvernements aident les banques à soutenir financièrement les entreprises en difficulté au moyen de garanties publiques. Grâce à celles-ci, les banques ont pu continuer leur activité de prêt, permettant aux entreprises, de cette manière, de rester en activité. Néanmoins, en dépit de ces aides budgétaires, l’incertitude quant à l’après-crise demeure : les impacts économiques liés au Covid-19 n’étant pas encore connus à long terme, la question concernant la pérennité des entreprises à la sortie de la crise se pose.

Nous pourrions nous attendre à un surendettement des ménages, comme ce fut le cas lors de la crise de 2008. Cependant, les NPL associés aux ménages semblent moins préoccupants du fait notamment de la mise en place du chômage partiel qui réduit certes leurs ressources mais n’entrainent pas nécessairement une perte d’emploi, tout du moins à court terme. Cette mesure combinée à une certaine flexibilité accordée par la BCE concernant la classification des NPL pourrait limiter l’impact de la crise sur les ménages.


Concernant les banques, celles-ci doivent faire face à de nombreux challenges pour soutenir l’économie tels que gérer le risque de défaut lié à la dégradation financière de leurs clients et leurs stocks de NPL. Dans ce contexte, la BCE encourage les banques à traiter au cas par cas les créances qui se sont détériorées, ou non, suite à la crise sanitaire. De plus, certaines banques européennes et américaines ont d’ores et déjà enregistré des montants de provisions importants dans le but de couvrir les risques de crédit.


Au vu de ces éléments, les banques sont en première ligne pour soutenir l’activité économique. Les mesures mises en place par les autorités financières permettent une gestion de la crise sanitaire à court terme. Cependant, les effets du Covid-19 à long terme s’accompagnent de nombreuses incertitudes pesant sur l’économie.

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