À la une
Derniers articles

Vers une harmonisation des politiques monétaires européennes et américaines ?

Simon Quinol Héraud - 21/03/2019


Comme pressenti depuis quelques semaines déjà, la Banque Centrale Européenne (BCE) a abandonné le Jeudi 7 Mars dernier la normalisation de sa politique monétaire en vertu de laquelle un premier relèvement de ses taux directeurs était annoncé pour le second semestre 2019. Un relèvement de plus en plus discuté, d’autant plus que la fin du Quantitative Easing en Décembre 2018 était déjà de nature à limiter les liquidités présentes sur les marchés. Bien que soudaine, une telle décision n’a cependant pas de quoi surprendre et l’immense majorité des économistes avaient déjà soumis leurs doutes s’agissant des anticipations à l’origine de cette mesure.


À titre d’exemple, François Villeroy de Galhau, membre du directoire de la BCE et gouverneur de la Banque de France, se montrait dès Janvier dernier fort pessimiste à l’égard des prévisions de croissance de la BCE, bien trop optimistes selon lui. Initialement estimée à 1,8% à l’automne 2018, la croissance du PIB de la zone euro avait entre-temps fait l’objet de plusieurs réévaluations à la baisse, à 1,7% en Décembre 2018 pour finalement s’effondrer à 1,1% ces derniers jours.

Parallèlement, l’inflation pour 2019 avait elle aussi été revue à la baisse, corrigée à 1,2% contre 1,6% d’après les précédentes anticipations.


Pour faire face au spectre d’une éventuelle récession, la BCE n’a donc eu d’autre choix que d’annoncer par l’intermédiaire de son président, Monsieur Mario Draghi, le report de la hausse de ses taux directeurs.

Comprendre ces phénomènes nécessite cependant de rappeler quelques bases pour lier ces différents indicateurs entre eux. De manière générale, la croissance économique, évaluée par l’intermédiaire du PIB, désigne la variation positive de la production de biens et de services au sein d’un territoire donné. Or, la production est directement facteur de la demande qui évolue assez intuitivement selon la liquidité dont disposent les ménages pour consommer. De telle sorte que la croissance du PIB dépend directement des taux offerts par les banques nationales aux consommateurs, eux même influencés par les taux directeurs de la BCE qui finance les entités nationales.

Il en résulte donc un cercle vertueux dans lequel la BCE a un impact direct sur le pouvoir d’achat des ménages et donc sur la croissance et l’inflation.


Tenant compte de ces considérations, la Banque Centrale est ainsi chargée de réguler l’économie au sein de la zone Euro, avec des contraintes macroéconomiques qui influent sur sa politique. C’est en ce sens que Mario Draghi a justifié son annonce, relevant que le ralentissement du commerce mondial – on peut ici soulever les inquiétudes que laisse entrevoir une désormais probable guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis – ainsi que les incertitudes géopolitiques européennes (Brexit) ont contraint la BCE à ne pas entraver davantage la circulation des liquidités au sein de l’Union européenne. De même, des particularismes locaux, tels que les graves difficultés auxquelles doit faire face l’industrie allemande, appuient eux aussi cette décision dont la nature n’a donc pas de quoi surprendre. Malgré tout, les conséquences ne se sont pas faites attendre : ainsi, l’indice Euro Stoxx des banques avait cédé 3,4% en une journée avec une tendance généralisée (-4,32% pour la Société Générale, -3,88% pour le Crédit Agricole, ou encore -3,95% pour Natixis). Généralisée, la défiance des investisseurs traduit donc les difficultés auxquelles vont désormais devoir faire face les institutions bancaires, contraintes de composer avec un taux de rémunération des dépôts à -0,40% et ce durant toute l’année 2019.


Si la situation a de quoi inquiéter, c’est bien à l’ensemble du monde que les phénomènes macroéconomiques que nous avons ci-dessus évoqués ont vocation à s’appliquer. Malgré leur stature internationale, les États-Unis sont eux aussi directement frappés par le ralentissement de la croissance économique. Le 20 Mars dernier, Jérôme Powell, président de la Réserve fédérale des États-Unis, a ainsi annoncé que la prévision de croissance du PIB américain était ramenée de 2,3% à 2,1% pour 2019 tandis que l’inflation ne dépasserait pas 1,8% au titre de la même année. Et ce alors que l’objectif d’une inflation à 2% avait maintes et maintes fois été rappelé.

Prenant acte de ces données, la FED a ainsi gelé la hausse des taux à 2,25%-2,50%, pourtant annoncée pour 2019.


Cependant, il n’en reste pas moins que les contextes français et américains demeurent très différents : la politique monétaire américaine s’inscrivait avant cette annonce dans une dynamique haussière depuis Décembre 2015, s’appuyant sur un taux de chômage en baisse constante à 3,8% en Mars 2019 et sur des indices de croissance et d’inflation favorables malgré un léger décrochement eu égard au consensus pour 2019. A contrario, la politique européenne était quant à elle figée depuis 2011.

Des tendances somme toute très différentes donc, qui prêtent cela dit à réflexion. En effet, la guerre commerciale qui se prépare entre les États-Unis et la Chine annonce un autre affrontement entre le président américain, Monsieur Donald Trump, partisan du gel puis d’une baisse des taux depuis le début de son mandat, et la Réserve fédérale. Reste donc à savoir qui sortira vainqueur de ces échanges, à supposer qu’il y en ait un.



92 Rue d'Assas, 75006 Paris