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Fraudes et Financial Shenanigans

Paul Edon - 25/12/2018


Comment détecter les combines et fraudes comptables au sein des documents financiers ?


Bien que les entreprises soient soumises à des audits et règles comptables strictes (GAAP, IFRS), certaines trouvent le moyen de manipuler leurs données. Il existe de nombreux exemples d’entreprises connues pour fraudes comptables ou pour avoir délibérément surestimé leurs revenus comme Enron, NQ Mobile, Sino-Forest, Orient Paper, China Media Express et tant d'autres.


Ces actions ou omissions aussi appelées « Financial Shenanigans » ont pour objectif de dissimuler ou de fausser la véritable performance ou situation financière d’une entité. Cela afin de la rendre bien plus attractive aux yeux des actionnaires, de l’ensemble des parties prenantes ou encore des créanciers en obtenant des financements plus facilement avec moins de covenants et des taux préférentiels.


Par ailleurs, le fait que les investisseurs et le marché soient trop focalisés sur les résultats trimestriels n’incite pas les dirigeants à instaurer une dimension de long terme dans l’activité de l’entreprise. De plus, certains éléments de pressions comme une rémunération étroitement liée au chiffre d’affaires ou une hausse du cours de l’action peuvent inciter des dirigeants à fausser ou embellir des publications de résultats sur le court terme. Comme Charlie Munger aime à le dire “Show me the incentive, and I’ll show you the outcome”.


Ces manipulations qui visent donc à augmenter des revenus ou réduire des charges afin de maximiser des profits sont très variées et compliquées à repérer. Quelques cas sont distingués ci dessous :


Le mode de classification des « good/bad news ». Du fait de l’intérêt des investisseurs et du marché pour le résultat d’exploitation, l’entreprise est ainsi incitée à inclure les good news dans cette catégorie et garder les bad news en dehors, c’est à dire en dessous des lignes de résultat et de cash flow d’exploitation. Si une filiale est par exemple vendue à profit, ce gain sera comptabilisé en résultat d’opération tandis que si elle est vendue à perte, elle sera probablement classée en activité non récurrente ou exceptionnelle plus bas dans le compte de résultat. Le principe est le même en reconnaissant certaines charges d’exploitations comme des charges exceptionnelles ou non récurrentes.


Allonger les dettes d’exploitations. C’est une des techniques les plus faciles pour augmenter les résultats par une réduction des coûts. Concrètement, l’entreprise reporte le paiement de ses dettes fournisseurs à une période future au lieu de les enregistrer en période actuelle. Ce qui a pour effet de réduire le besoin en fonds de roulement et in fine augmenter artificiellement le free cash flow.


Enregistrer des ventes prématurément ou des dépenses actuelles à une période future. Ici, l’objectif est de faire gonfler le chiffre d’affaires sur une période alors qu’une portion du service ou du bien n’a pas encore été fournie ou expédiée au client. Cela peut aussi être l’enregistrement de revenus de biens ou services qui n’ont pas encore été acceptés par le client. Parallèlement à cela, il est possible de voir des dépenses actuelles enregistrées plus tard ce qui va fausser les comptes en capitalisant incorrectement des coûts.


Ne pas prendre en compte les stocks options dans les dépenses opérationnelles. Exclure les bonus et stocks options versés au management de l’entreprise va réduire les charges et donc augmenter artificiellement le free cash flow. Or, il est important de considérer les stocks options comme des dépenses récurrentes liées aux opérations car l’actionnaire se retrouve bien amputé au final du montant de ces versements. Pour citer Warren Buffett, « If stock options aren’t a form of compensation, what are they? If compensation isn’t an expense, what is it? And, if expenses shouldn’t go into the calculation of earnings, where in the world do they go?»


Enregistrer du chiffre d’affaires fictif.

Comptabiliser des éléments comme un rabais de fournisseur, de l’argent reçu suite à un emprunt, le retour provenant d’un investissement, des intérêts reçus sur dette ou encore la vente d’un actif dans le chiffre d’affaires. Ces combines vont venir gonfler le chiffre d’affaires avec des éléments qui ne sont pas propres au coeur d’activité de l’entreprise. Dans le même esprit, il a déjà été observé des entreprises qui consolident par intégration globale (comptabilisation de l'intégralité du résultat) des filiales dans lesquelles elles ne possèdent qu'une faible participation.


Ne pas révéler l’intégralité du passif ou fausser l’actif du bilan

Certaines entreprises omettent de déclarer tous leurs engagements ou de radier des actifs sans valeur ce qui embellit une nouvelle fois artificiellement la valeur de l’entreprise. Enron par exemple utilisait des sociétés offshores non consolidées pour externaliser certaines expositions aux risques, réduire le passif de son bilan ou encore augmenter son endettement sans éveiller les soupçons afin de rendre les comptes plus propre aux yeux des actionnaires.


Il est très compliqué de repérer ces manipulations mais certains « red flags » permettent d’attirer l’attention comme un management peu intègre ou préalablement impliqué dans des affaires de fraudes. D’importants écarts entre amortissements et dépenses d’investissements (CAPEX) nécessitent un approfondissement. Un brusque changement au niveau des principes comptables utilisés, des auditeurs ou bien du directeur financier. Des disparités entre croissance du chiffre d’affaires, des créances clients et des stocks. Des ventes d’actions venant du management. Un gap conséquent entre le « Cash Flow From Operation » et le « Net Income » ou encore une augmentation importante des notes de bas de page.


Grâce à d'importants « activist short seller » comme Carson Block de Muddy Waters Research nous savons que certaines entreprises vont encore bien plus loin dans la fraude. Avec, par exemple, la corruption de cabinets d’audit (Big Four) en plaçant les auditeurs au conseil d’administration. Des levées de fonds de plusieurs milliards de dollars grâce à des schémas de Ponzi. La falsification de contrats. Des comptes financiers complètement maquillés.

Ou encore, l’utilisation d’usines trompe l’oeil pour flouer des clients ou investisseurs. Un investisseur pensant avoir affaire à une entreprise sérieuse peut se retrouver face à une structure très peu capitalisée. Dès lors, s'il décide de se déplacer pour visiter les lieux et l’entreprise, la structure loue une usine, y appose son logo et fait changer les uniformes des travailleurs afin que l’illusion soit optimale le temps de la visite.


Il est donc primordial pour des analystes financiers, crédits, ou actions de savoir investiguer afin de détecter ces fraudes. Cela pour ne pas se retrouver exposés à ce type d’entreprise ni de fait à de mauvais investissements.



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