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Marchés boursiers : une volatilité inédite !


Ces presque trois premiers mois de l’année 2016 donnent le tournis. La volatilité des marchés est sans précédent autant que la juxtaposition d’un nombre de crises aussi violentes que disparates. Sur cette si courte période, le nombre de séances de hausse ou de baisses supérieures à 2%, que ce soit à Paris, Bruxelles, Milan Francfort ou sur les autres places Européennes sans oublier l’Asie, a atteint des records.

Le VCAC et le VSTOXX (indicateur de volatilité pour le CAC et l’EuroStoxx 50) ne sont jamais redescendu en dessous de 20%.


Sur le plan macroéconomique, le paysage reste le même mois après mois : Une croissance atone, un endettement généralisé, une inflation basse malgré l’intervention des banques centrales et leur quantitative easing.

Au fameux alignement des planètes évoqué en janvier 2015 a succédé l’amoncellement des météorites qui jalonnent notre paysage financier.

A la guerre des changes et la crise des matières premières se sont ajoutées les crises géopolitiques à l’Est et au Moyen Orient, sans parler de la crise Européenne plus complexe qui doit faire face dans le même temps aux défis de la crise migratoire, aux limites de sa construction monétaire et aux prémices de son éclatement.

Le fait que plus de 6000 Milliards de dollars de dettes accumulées aient été émises à des taux négatifs constitue également un environnement déstabilisant pour que, dans ce maelström de crises, les décideurs financiers trouvent des repères propres à donner aux marchés financiers une vraie tendance, par nature moins volatile.

Au-delà de ce qui précède, nous pouvons identifier cinq facteurs qui peuvent expliquer ce que nous observons aujourd’hui :



Une croissance mondiale molle (2.7% de croissance prévu en 2016)


La chine, premier importateur mondial de matière première (gaz, pétrole, cuivre …), a vu sa croissance tomber à 6.9%, une première depuis 25 ans ! La bourse de Shanghai a déjà perdu 22% depuis janvier. Le pays amorce un virage difficile passant d’une économie attirant les flux de capitaux étranger à une économie reposant sur son marché intérieur. En effet, La Chine n’est plus un pays à bas coût et à l’arrivée en masse d’entreprise étrangère a permis l’émergence d’une classe moyenne. Pour stimuler sa croissance la Chine dévalue massivement sa monnaie. Cependant, cette transition s’avère compliquée et il faudra un peu de temps à l’économie chinoise pour s’adapter à ce nouveau modèle. En attendant, la croissance chinoise freine et celle du monde entier avec elle.

Les marchés n’aiment pas l’incertitude et toute transition, surtout sur un tel ensemble économique est forcément de nature à brouiller les tendances et à accroître la volatilité.



La chute du prix du baril de pétrole


L’atterrissage de la Chine et la volonté politique de l’OPEP constituent les deux principales raisons qui expliquent la chute de plus 75% en 18 mois du prix du baril pétrole. Effet croisé d’une baisse de la demande Chinoise et d’une offre artificiellement gonflée par les pays producteurs de pétrole cherchant à éliminer la concurrence du pétrole de schiste américain. Traditionnellement une baisse de prix est un facteur de croissance, mais cet effet n’est en général que temporaire. En effet elle ouvre la voie, à terme, à une envolée quand le fragile équilibre offre/demande sera rompu par le retour à niveau normal de l’offre.

En effet, le prix du pétrole pourra, demain, rapidement, être multiplié par 3 et remonter tout aussi rapidement qu’il était descendu. Cela aura pour impact de faire monter les prix, les taux d’intérêts, détruisant le château de carte financier actuel, construit sur des taux proches de zéro. La baisse du pétrole peut-être la cause d’un prochain krach financier.

Lorsque des flux financiers aussi gigantesques passent d’un groupe de pays (Les producteurs de matières premières) à l’autre (Les pays consommateurs) et surtout dans un laps de temps aussi court, toutes les analyses financières ou macroéconomiques traditionnelles sont remises en cause, ceci créant à son tour de la volatilité.



Faiblesse des pays émergents


La pression sur les pays émergents se fait sentir. Ces derniers, rappelons-le, représentent 45% du commerce mondial et 40% du PIB mondial. La Chine sert de locomotive à ces pays et son ralentissement les impact directement. D’autre part les grandes entreprises de ces pays sont très endettées en dollars et cela s’accroît avec l’appréciation de la monnaie. Leur situation est donc fragile, prise entre le marteau chinois et l’enclume Américain, de nombreuses entreprises pourraient faire faillite.

Les prévisions ne sont pas réjouissantes, la Russie devrait rester en récession cette année, avec -1%, tout comme le Brésil avec -3,5% qui pâtit, selon le FMI, "d'incertitude politique" et des "répercussions persistantes" du scandale de corruption de la compagnie pétrolière Petrobras. La situation est surtout inquiétante pour les pays exportateurs de matières premières comme le Venezuela (une baisse de 6,25% est prévue pour 2016).

La volatilité des flux de capitaux, dans le cas particulier de ces pays, ajoute encore à la volatilité des marchés financiers. Il faut être très attentif à ces mouvements de flux, aujourd’hui négatifs, pour identifier le moment ou la stabilité reviendra.



Une économie sous perfusion monétaire


Depuis la crise de 2008 les banques centrales ont joué de rôle d’intermédiaire bancaire, remplaçant le marché interbancaire, en ouvrant les vannes de liquidité à coup de quantitative-easing, près de 20 000 milliards de dollars ont été injectées dans l’économie, soit 30 % du PIB mondial ! Sans pour autant faire repartir le crédit, la consommation. Cette liquidité n’est pas allée stimuler l’économie réelle, mais a plutôt alimenté des bulles prêtes à éclater (marché obligataire, survalorisation des marchés boursiers), la baisse des taux fait monter le prix des actifs.

Pour le moment, avec cet argent qui coule à flot, toute lucidité semble anesthésiée mais le réveil sera rude quand l’économie viendra reprendre la main sur la finance. La baisse des liquidités, des économies qui ralentissent, un endettement des états plus élevé qu’en 2008 et des marchés survalorisés…

Près de huit ans après les premières mesures monétaires « non conventionnelles », les résultats se font attendre et le doute s’installe parmi les opérateurs de marché et parmi les économistes sur la conduite à tenir et le doute est un facteur aggravant de volatilité.



Une exubérance irrationnelle


A côté de ces facteurs macroéconomiques, on peut constater depuis 2015 une irrationalité de la part des investisseurs qui sur réagissent à chaque flux d’information, sans s’attarder sur la réelle santé financière de l’économie et des entreprises. L’incertitude et l’inquiétude quant à l’avenir de l’économie mondiale sont les sentiments qui dominent aujourd’hui sur les marchés. Ainsi la moindre rumeur macro-économique, qu’elle soit positive ou négative, impact fortement le cours des indices et crée de la volatilité.

C’est en tous cas l’avis, partagé par John Paulson (gérant du fond de gestion alternative, Paulson & Co) et Peter J. Wallison (membre de l’American Entreprise Institute) qui estiment que les investisseurs sont « obnubilés par les surévaluations dans le secteur des nouvelles technologies et par l’atterrissage plus ou moins en douceur de l’économie chinois » et ne voient donc pas les bonnes performances d’un grand nombre d’entreprises.

L’importance grandissante que prennent les transactions robotisées dans le fonctionnement des marchés financiers doit nous amener à être vigilants et nous interroger sur la réalité de leur influence sur la volatilité. Comme dans d’autres domaines des activités humaines la machine est devenue un acteur à part entière dont l’usage, après avoir été pendant longtemps créateur de valeurs, peut être à son tour destructeur de valeur parce que créateur d’une volatilité qui échappe à notre contrôle.


Enguérand Riché

Promotion 2016